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Solitaire du Figaro 2012 : Un rêve éveillé pour Morgan Lagravière…

Avait-il la pression ou pas ? Telle était la question que tout un chacun pouvait se poser au sujet de Morgan Lagravière, à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, au départ de cette dernière étape. Lui qui, pour sa deuxième Solitaire du Figaro seulement, abordait le sprint final en deuxième position. La réponse à cette question, le skipper du Figaro « Vendée » est le seul à l’avoir et en grand champion qu’il est, la gardera pour lui. Les observateurs devront se contenter de l’analyse de sa course… En tout état de cause, force est de constater que si pression il y avait, le skipper vendéen, tout juste âgé de 25 ans, l’a plus qu’assumée ! Aux avant-postes du début à la fin, Morgan, au gré des 486 milles de cette ultime étape, aura parfaitement maîtrisé son sujet. Encore leader hier soir au dernier pointage, il n’aura finalement cédé que devant l’incroyable talent de Yann Eliès, impérial vainqueur ce mercredi matin à Cherbourg. Dauphin du Briochin sur cette étape pour 3 minutes et 31 secondes, il l’est donc également au classement général pour 33 minutes et 48 secondes. Une deuxième place qui a valeur de victoire pour Morgan Lagravière… 

2ème de l’étape 1, 12ème de l’étape 2, 2ème de l’étape 3. 2ème du classement général.    Carton (presque) plein pour Morgan Lagravière.
Il n’a pas gagné d’étape… Ce n’est évidemment pas une critique mais un infime regret, tant on se dit qu’il l’aurait mérité. Yann Eliès en aura décidé autrement. Mais comme son dauphin le concédait en souriant à l’arrivée, « même si j’ai pensé à cette victoire possible, je n’ai aucun regret ! Quand je vois les garçons qui m’entourent, c’est du lourd ! Et puis deuxième derrière un garçon du talent et de l’expérience de Yann, ça vaut bien une victoire ! » Et le skipper du Figaro « Vendée » de préciser concernant cette dernière étape : « Si on m’avait prédit un scénario comme celui-là, j’aurais signé tout de suite ! Au départ de cette dernière étape à Saint-Gilles, je ne voulais volontairement pas me concentrer sur le résultat, mais uniquement sur ma façon de naviguer : m’appliquer, faire au mieux, en me concentrant notamment sur les phases de récupération que j’avais mal gérées sur la deuxième étape. Après, forcément, au fur et à mesure de l’étape, je suis logiquement arrivé à faire des calculs pour gérer la prise de risque et verrouiller la situation. Je suis passé par tous les états possibles de l’être humain… Mais j’ai toujours réussi à garder mon calme, à rebondir quand les situations n’étaient pas faciles. Sur cette Solitaire en général et sur cette étape en particulier, j’ai le sentiment d’avoir beaucoup appris, sur moi et sur le bateau. C’était super riche ! »

Au niveau des meilleurs… en seulement deux saisons !
Au regard de la performance de Morgan Lagravière sur cette Solitaire, on en oublierait presque que le jeune homme n’était encore jamais monté sur un Figaro il y a seulement… 20 mois ! Lauréat du « Vendée challenge » en novembre 2010 (qui lui a permis d’obtenir un budget Figaro pour deux ans sous les couleurs rouge et blanche), le skipper à la casquette suit depuis une trajectoire aussi rapide et propre que celle qu’il a produite sur les plans d’eau de cette Solitaire du Figaro 2012. Une réussite qu’il met justement sur le compte de cette jeunesse et de cette fraîcheur : « Le support me correspond bien. Je me sens vraiment épanoui. Tous les voyants sont au vert et dans ces conditions j’arrive à faire des choses sur l’eau qui frisent parfois l’insolence ! » Une insolence qui peut parfois « assommer » ses adversaires sur l’eau, comme hier soir où, en une heure, Morgan Lagravière leur a repris plus d’un mille, sur un seul bord de spi… « Parfois, les choses ne s’expliquent pas. Ça doit tenir de l’instinct. Il y a sûrement un peu de mon expérience en olympisme, mais également de tout ce que je fais sur l’eau tout au long de l’année, du paddle au kitesurf, en passant par la planche à voile. C’est cet ensemble qui donne au final un feeling sur l’eau, qui me permet de tenter et de réussir de telles choses. Après, il faut rester humble : là, c’était dans le bons sens, parfois c’est dans le mauvais… Mais c’est vrai que, quand ça marche bien comme sur ce bord hier soir, c’est une satisfaction qui fait du bien dans l’effort et la souffrance d’une étape. »

Et la suite…?
Il est peut-être un peu indécent, ou en tout cas déplacé, de poser la question de son avenir à un skipper à peine descendu de son bateau, après près de trois jours d’un combat acharné. Mais telle est la rançon du succès, du talent aussi. Et la question devient même une évidence lorsqu’un tout neuf vainqueur de La Solitaire du Figaro, Yann Eliès, commente ainsi les performances de son dauphin : « Morgan la gagnera forcément un jour ! » Commentaire élogieux auquel l’intéressé apporte toutefois une réponse que certains jugeront surprenante : « J’avoue que mon sentiment à chaud est de ne pas y revenir. Ce n’est en tout cas pas mon souhait immédiat pour l’an prochain. Une Solitaire, ça se gagne d’abord dans la tête. Il faut avoir une fraîcheur, une envie d’y aller et ça requiert un investissement total. Alors oui, je suis peut-être à deux doigts de la gagner, mais je ne suis pas le seul ! Et puis je ne veux pas tomber dans une routine du Figaro qui ne me convient pas. Ma fraîcheur, c’est ce qui a fait ma force et c’est ce sur quoi je veux m’appuyer pour la suite de ma carrière. Je n’aime pas m’éterniser dans quelque chose. Cette deuxième place, elle me va très bien. Je sais que si je reviens et que je fais moins bien, je serais déçu et il faudrait alors que je revienne… J’ai un respect énorme pour Yann Eliès, mais jamais je n’aurai la patience, comme lui, d’attendre 13 ans pour la gagner ! Donc, clairement, aujourd’hui, j’ai envie d’autre chose…»

Une « autre chose » que le skipper vendéen imaginerait bien sur un bateau plus grand, sur un parcours plus grand, dont le départ a lieu tous les quatre ans, sur des terres dont il fait briller les couleurs depuis deux saisons… A suivre donc.

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